- Ah évidemment j'en suis pas encore aux toiles de
maître, mais enfin c'est un début!
- Oh... c'est un début qui promet. Mais tu vois si
j'étais chez moi comme tu le disais si gentiment, bah
j'mettrai ça ailleurs.
- Qu'est-ce que je disais, y s'rait mieux près de la
fenêtre. Tu le verrais où toi ?
- À la cave.
B.Blier/J.Gabin
-
Parce que j'aime autant vous dire que pour moi, Monsieur Eric, avec ses
costumes tissés en Ecosse à Roubaix, ses boutons
de manchette en simili et ses pompes à l'italienne
fabriquées à Grenoble, eh ben, c'est rien qu'un
demi-sel. Et là, je parle juste question
présentation, parce que si je voulais me lancer dans la
psychanalyse, j'ajouterais que c'est le roi des cons... Et encore, les
rois, ils arrivent à l'heure...Parce que j'en ai connu, moi,
mon cher Maître, des Rois... Et pis pas des p'tits... Des
Hanovre... Des Hohenzollern... Rien qu'du micheton garanti croisade...
Mais vous m'voyez-là, maintenant, mais moi, j'ai pas
toujours tenu un clandé !... Vous avez pas connu la Rue du
Chabanais... Soixante chambres !... Et y z'ont filé tout
ça aux P'tites Soeurs des Pauvres !... Quand j'y pense,
tiens... Alors, c'est pour vous dire que votre ami Éric, ses
grands airs, y peut s'les cloquer dans l'baba !...
B.Blier
-
L'honnêteté, ça se paye.
A.Balpetre
-
L'éducation, ça s'apprends pas.
B.Blier
- Mon cher, je sais que le dicton veut qu’on
n’prête qu’aux riches... mais on
n’leur prête pas à vingt pour-cent. Je
n’demanderai pas mieux que d’placer votre argent
dans la famille Rotschild, malheureusement...
- Oh mon cher Maître j’vous en prie ! Entre
l’Baron Edouard et un traîne patins comme Eric,
y’a une marge... D’ailleurs à propos
d’marge, j’trouve un peu baroque d’vous
prêter à huit pour-cent du pognon
qu’vous faites travailler à vingt.
A.Balpetre/B.Blier
-
Mais pourquoi j'm'énerverais ? Monsieur joue les lointains !
D'ailleurs, j'peux très bien lui claquer la gueule sans
m'énerver !
B.Blier
-
Dans un ménage, quand l'homme ne ramène pas un
certain volume d'oseille, l'autorité devient, ni plus, ni
moins, d'la tyrannie !... Et l'autoritaire, un simple emmerdeur
prétentieux !...
B.Blier
-
L'affaire redeviendrait possible si on pouvait faire
contrôler nos sterling par un spécialiste...
- Vous en connaissez un ?
- Le meilleur !... Pis blanchi sous le harnais, hein... Trente ans
d'fausse monnaie et pas un accroc... Un mec légendaire,
quoi... Les gens de sa partie l'appellent le Dabe et
enlèvent leurs chapeaux rien qu'en entendant son blase...
Une épée, quoi...
- S'il est aussi fortiche que tu l'dis, ce... ce Dabe, y doit avoir de
gros appétits ! Combien y va encore nous piquer ?
- Si un homme comme ça entre dans la course, ça
n'a pas d'prix !... Parce qu'avec lui, y'a pas d'problème...
C'est comme si on s'associait avec la Banque d'Angleterre... Nos
sterling, on pourra les montrer à Pinay !...
B.Blier/A.Balpetre
- T’es là pour longtemps
j’espère ?
- En principe non, mais t’sais dans les affaires on sait
jamais. Tu t’déplaces pour trois semaines et pis
tu peux rester vingt piges, ça c’est vu.
G.Leclerc/J. Gabin
-
Pour une fois que je tiens un artiste de la Renaissance, j'ai pas envie
de le paumer à cause d'une bévue ancillaire!
- Une quoi ?
- Une connerie de ta bonniche...
J.Gabin/B.Blier
-
Le Bon Dieu aurait pu te faire honnête, tu as de la chance il
t'a épargné.
J.Gabin
-
Je connaîs ton honnêteté, mais je
connais aussi mes classiques. Depuis Adam se laissant enlever une
côte jusqu'à Napoléon attendant
Grouchy, toutes les grandes affaires qui ont foiré
étaient basées sur la confiance...
J.Gabin
-
Faire confiance aux honnêtes gens est le seul vrai risque des
professions aventureuses
J.Gabin
-
Entre nous, Dabe, une supposition... Hein, je dis bien une supposition,
que j'ai un graveur, du papier, et que j'imprime pour un million de
biftons. En admettant, toujours une supposition, qu'on soit cinq sur
l'affaire, ça rapporterait, net, combien à chacun
?
- Vingt ans de placard. Entre truands, les
bénéfices ça se partage, la
réclusion, ça s’additionne.
B.Blier/J.Gabin
-
Le faux talbin est un travail qui se fait dans le feutré.
J.Gabin
-
J't'enverrai un gonze dans la semaine. Un beau brun avec des petites
bacchantes. Grand. L'air con
- Ca court les rues les grand cons.
- Oui mais celui là, c'est un gabarit exceptionnel! Si la
connerie se mesurait, il servirait de mètre
étalon! Y serait à Sèvres!
J.Gabin / F.Rosay
-
Y suffit de mettre un gigot au four pour voir s'amener les emmerdeurs.
-
Dans la vie, ne pas reconnaître son talent, c'est faciliter
la réussite des médiocres.
J.Gabin
- Maint’nant dis donc Charles, si t’as besoin
d’quelques briques, tu sais qu’j’suis
toujours un peu armé moi.
- Oh ! Non. J’en suis pas encore là,
j’suis pas v’nu pour te bottiner. Quoi
qu’la fraîche elle décarre petit
à p’tit et pis si ça continue comme
ça, un d’ces quatre, j’vais
m’retrouver sur les jantes.
- Bon, bah puisque t’en es pas encore là, alors
écoute-moi. Dis toi bien qu’tes p’tites
misères c’est rien à coté de
c’qui t’attends si tu persistes dans tes
rêveries. Parce que dans l’faux talbin, alors
là tu vas la comprendre ta douleur. Tu vas y laisser ta
santé. Tu vas les découvrir les vicieux, pas ceux
qu’tu connais d’habitude. Moi j’te parle
des vrais, ceux qu’ont les grandes dents. Y vont
t’bectarés tout cru les vilains. Note bien
j’sais pas pourquoi j’te raconte ça
puisque tu s’ras enchrister avant d’avoir
touché une petite tune.
- Tu crois ?
- C’est un coup sûr tu vaux cent contre un dans
l’parcours. Tiens prend un beignet là. Tu vas voir
c’est bon, c’est du poissecaille que tu trouve pas
en France.
- Dis donc, il est girond ton p’tit sommelier.
- Ah ! Bah si l’cœur t’en dis
j’peux t’le bloquer pour la sieste.
- Ah ! Non tu vois c’est drôle,
mais...j’ai plus d’goût à rien.
- Mais te laisses donc pas aller mec, tu trouveras bien une autre
façon d’en r’trousser
d’l’oseille, crois-moi c ‘est un service
que j’te rend.
- Beuh !
- Bon ! Bah, puisqu’as pas l’air de
m’croire, tu sais combien j’ai fait
d’opération en trente piges d’exercice ?
- J’sais pas moi, une dizaine.
- Non, Monsieur. Cinq. Y’en a quatre qu’ont bien
tournées et puis y’a eu la cinquième.
- Ca a pas marché ?
- Ah ! Non, ça n’a pas marché. Et
pourtant j’pouvais croire que j’avais tous les
atouts en main. Léon le stéphanois,
qu’etait un vrai Rubbens, m’avait gravé
un cent Florins plus beau qu’le vrai. J’avais
trouvé l’papier en Italie et les encres en Suisse.
La bécane, j’mettais mouillé
d’sept briques. J’l’avais fait
v’nir de chez Kottenburg à Leipzig. Et encore pour
plus de sécurité, j’l’avais
fais transiter en pièces détachées,
moitié par l’Italie, moitié par
l’Portugal. Tu peux pas savoir.
- Oh ! Dis donc...
- Et attends, attends, c’est pas tout. En huit heures au
chrono, les deux millions d’Florins étaient
tombés, la bécane démontée,
la gravure détruite et tout l’papelard
brulé. Tout ! Tout ! Tout ! Tout !
- B’en alors qu’est ce qu’a pas
marché ?
- Eh ! B’en devine.
- Ton client qui t’a pas casqué ?
- Non !
- T’as eu des ennuis avec les perdreaux ?
- NON !
- Alors là, j’vois pas.
- Le dix sept Juin quarante cinq, ça t’dis rien
ça, à toi, l’dix sept Juin quarante
cinq.
- Non (de la tête)
- Et b’en l’dix sept Juin quarante cinq la banque
Royale des Pays Bas a annoncé qu’la coupure de
cent Florins était
démonétisée et
r’tirée d’la circulation,
bloquée en banque. Un vane de Madame la reine Wilhemine. A
j’m’en rappellerai d’celle là.
A cause d’elle j’me suis farci un feu
d’cheminée d’quinze cent millions.
- Ils avaient l’droit d’faire ça ?
- Pauv’e con ! Le droit ! Mais dis toi bien qu’en
matière de monnaie les états ont tous les droits
et les particuliers aucun !
J.Gabin/B.Blier
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