Vie éternelle

La vieillesse obsédait Audiard, le terrifiait même. Il avouait y penser sans arrêt, craignant qu'elle ne le surprenne un matin au reveil. Mais à la question "La mort vous fait-elle peur?", il y a longtemps qu'il répondait "plus maintenant". Car lui, il était déjà mort une fois, avec son fils François en 1978. C'est avec ce drame qu'il perdit sa foi en Dieu. Un Dieu avec qui il avait prit l'habitude de négocier, de parlementer. André Pousse s'en souvient: "On avait fait un pacte avec Dieu, tous les trois, Dieu Michel et moi,qu'on ne pourrait pas. Et puis y'a eu une couille dans l'ordinateur puisque lui, il est parti".

Ce départ, il s'y préparait déjà depuis longtemps. Les détours près du manège de chevaux de bois du parc Montsouris lui permettaient de revenir parler avec ses vieux fantômes. Mais aussi de penser à la vie éternelle. "Quand j'y croyais, c'était du gâteau. Maintenant, je ne sais plus où je vais. Alors j'essaye d'imaginer un au-delà flou, flou, flou, mais confortable. Il me paraît impossible qu'on y rerouve pas un jour les gens qu'on a aimés".
Refusant d'abandonner sa qualité de vie, il combattra le cancer qui le ronge à coup de fourchettes et de bons mots, gardant sa superbe et son sourire en coin jusqu'au bout, façon pudeur.

Michel Audiard est mort dans la nuit du 27 au 28 juillet 1985, dans sa propriété de Dourdan. Pour la première fois de sa carrière, il n'aura pas eu le dernier mot.

Il lègue au cinéma et à la littérature française un oeuvre unique qui mérite d'être redécouverte, au même titre que celle d'un Tristan Bernard ou d'un Sacha Guitry. Sa révérence, il nous l'avait tirée lui-même dans l'un de ses films :

"Quand un type comme ça se retire,
y'a pas de place à prendre,
c'est la fin d'une époque
."

On aurait pas dit mieux.