Trémoille

Devenu celèbre, le pied-à-terre de Michel Audiard est un palace du quartier des Champs-Elysées, avec chasseur en livrée, lustres à pendeloques de cristal et mobilier d'époque assorti.

Hôtel de la Trémoille, chambre 102. Cette chambre au ton beige et bleu ciel, avec un mini-bar toujours bien garni, il la louera régulièrement pour une semaine ou quinze jours. Un cadre propice à son inspiration. "Travailler à l'hôtel, c'est très pratique. Le barrage est absolu. Les standardistes ne font pas de sentiments. Chez moi, à la campagne, j'ai beau vivement conseiller à ma femme de dire aux copains que je ne suis pas là, si c'est Carmet qui m'appelle, elle craque. Ici, quand j'ai envie d'un café, j'appuie sur un bouton. Un hôtel à la campagne c'est encore mieux. [..] A Paris, dès qu'il y a une tentation d'amusement, j'y vais tout de suite. Des copains qui passent : tout ce qui m'arrache au travail est bon en soit. Et puis, ça me donne un alibi: je suis allé me documenter".

Mais si Michel Audiard se laisse facilement distraire et aller riper sur un zinc, cela ne l'empêche pas d'écrire très vite. En général, un mois de travail, quatres heures par jour, pour les dialogues. Il écrit à la main, pas à la machine; il enregistre sur son magnetophone et il réécoute. Il lui arrive de bloquer sur le ton durant deux ou trois jours. "Parfois, je commence sur n'importe quoi : Bonjour, comment ça va? va te faire foutre. Je sais que ça va se décanter, il ne faut pas se demander comment démarrer, il faut le faire. Même mal : aucune importance puisque vous mettrez tout cela à la corbeille". A certaines périodes, Michel travaillera sur trois films en même temps : démarrant l'un, finissant l'autre et modifiant le troisième. Un rythme qui ne lui était permis que grâce à sa prodigieuse virtuosité à écrire des dialogues, de façon naturelle, véritable stakhanoviste usinant dans le sarcasme. "Le cinéma m'a fait vivre et je n'ai plus envie d'y aller. quelqu'un qui travaille toute la semaine chez Renault ne visite pas les usines le Dimanche".