Oseille

Michel Audiard n'était pas seulement un amoureux du bon mot, mais du bon vivre en général. Devenu célèbre, ses dialogues deviennent un label, une garantie. Garantie qu'Audiard fait payer le prix fort. Au faîte de sa gloire, il touchera des cachets de quatre cent mille francs par film. Dans les contrats qu'il signe, il est stipulé que son nom figurera dans les mêmes caractères que la vedette du film. Pourtant, malgré une production parfois frénétique, il semblera toujours fauché. Car, s'il ne prétait guère d'intérêt à l'argent, il en dépensait beaucoup. Avec le train de vie qu'il mène, Audiard n'eprouve pas le besoins de satisfaire en plus aux exigences du fisc. Une passion qu'il partageait avec Henri Jeanson. Celui-ci demanda un jour à sa femme d'aller voir son percepteur pour lui dire qu'il ne payerait plus d'impôt. Ce qu'elle fit si bien qu'Henry Jeanson est mort en croyant ne plus payer d'impôts, dont sa femme s'acquittait dans son dos. Croyance à laquelle le fisc ne laissera pas Audiard s'abandonner. Poursuivi par des créanciers qu'il pensait moins tenaces, il sera contraint d'ecrire toujours plus vite comme en 1983. Pour la première fois depuis le début de sa carrière, Michel avait alors passé cinq mois sans écrire quand les impôts lui tombèrent dessus comme "des sauterelles sur un champ de maïs".

"Si j'ai plus d'argent demain, je vivrai sans argent. Faudra bien que je bouffe, mais on trouve toujours un moyen honnête ou malhônnete de bouffer" disait il. L'argent ne servait qu'à mener la vie qu'il avait envie de mener. Et Michel Audiard était un grand seigneur. Devenu riche, il achètera une maison bourgeoise dans les Yvelines, à Dourdan, "L'enclos". Maison qui lui servira de retraite, mais surtout de lieu de rencontre avc ses principaux amis. La maison leur est ouverte et les week-ends prennent souvent des allures gargantuesques, car Michel sait recevoir en grandes pompes.

Outre la bonne bouffe et les réunions entre potes, l'argent va permettre à Audiard d'assouvir sa passion pour les voitures, avec trois Porsche et trois Ferrari. D'autre part, malgré son style populo, il ne lésinera jamais sur les costumes et les casquettes, tant en quantité qu'en qualité. C'est bien lui qui disait "le prix s'oublie, la qualité reste".