Nouvelle Vague

Au début des années cinquante, naît un courant, un mouvement de révolte contre les films à papa. Leur bastion, Les Cahiers du Cinéma, où Godard, Chabrol et Truffaut tirent à boulets rouges sur le cinéma populaire, dont la valeur cinématographique est, selon leur propos, inversement proportionnelle au nombre de spectateurs. C'est mathématique.

L'éternelle querelle entre le cinéma d'art et d'essai et le cinéma populaire est engagée. Les jeunes réalisateurs, en développant un cinéma plus personnel, voir élitiste, n'expriment que la révolte d'une jeunesse en mal d'idéaux et qui connaîtra son heure de gloire sur les pavés parisiens, un mois de mai 1968.

Audiard, issu de l'ancienne école, est l'une des têtes de turc de la Nouvelle Vague, qui voit en lui les restes d'un cinéma rance et réactionnaire. Relayé par des critiques comme Henry Chapier dans Combat, chaque film d'Audiard essuie un tir de barrage systèmatique. Jean-Louis Bory le traitant de "Marivaux de bistrot", ce dont Audiard s'amusait: "D'abord, c'est moi qui ait commencé en le traitant de Goncourt F.F.I.. Ensuite j'adore Marivaux. Quand à l'association au bistrot, alors là, ça frise la flateerie". Il monta néanmoins en première ligne avec l'aide de Jacques Lanzmann, dans les colonnes de Lui ainsi que dans son ouvrage Mon petit livre rouge paru en 1969.

Puis, le monde changea, les jeunes révoltés s'embourgeoisèrent. Les banderoles furent mises au placard et les critiques rebelles sur le petit écran. Le contraire eu peut-être été préférable... Bref, la terre tourna, la roue aussi. Elle tourna tellement que, lorsque les revues spécialisées se penchèrent sur le problème du scénario, tout le monde redécouvrit qu'Audiard disait des choses plus libres, plus lucides et plus interessantes qu'il n'y paraissait. Et le pestiféré de se retrouver interviewé par Les Cahiers du Cinéma et Cinématographe. Une reconnaissance tardive.

Audiard faisait partie des gens qui, pour parler littérature, n'ont pas besoin de s'allonger sur un divan. Un zinc de bistrot lui suffisait. De plus Audiard ne considéra jamais le cinéma comme un art essentiel, et c'est peut-être là qu'il se différenciait du sérieux de la Nouvelle Vague, mais comme un divertissement, voir un gagne-pain. Seul la littérature avait de prix à ses yeux. Et quand il dévoilait, durant deux cents pages, ses qualités d'écrivain, ces deux cents pages suffisaient à recevoir un prix.