Lautner

La rencontre entre Audiard et Lautner date de 1963. A cette époque, le dialoguiste a plus de cinquante films à son actif. Il a déjà collaboré avec Grangier, Verneuil, Delannoy, De la Patellière et Duvivier. Georges Lautner, à trente sept ans, est encore un débutant puisqu'il n'est passé à la réalisation qu'en 1958. Mais ses premiers films -il en a réalisé sept- ont déjà attiré les critiques (ses foudres et ses lauriers) et un certain nombre de spectateurs. Ce qui déroute chez Lautner, c'est la diversité des styles qu'il aborde. Entre le drame provincial du Septième juré (avec un Blier extraordinaire) et la parodie du Monocle noir, Lautner est un inclassable apportant un sang neuf au cinéma français dans le domaine du comique en particulier.

Leur première collaboration sera Les Tontons flingueurs, film qui, pour un coup d'essai, se révélera être un coup de maître, puisqu'il entrera même dans le cercle fermé des films cultes. Lautner se souvient: "Michel Audiard était le point de départ de ce film. J'avais travaillé comme assistant sur des films où il était dialoguiste. Nous avions ri ensemble et ayant vu mes premiers films, il savais que j'avais l'amour du dialogue caustique et la passion de mettre les mots en images, de les présenter, de les faire entendre et voir, ce qui n'était pas à la mode à cette époque". Dérision et mauvaise foi, tel est l'alchimie qui réunit l'équipe des tontons. Outre Audiard et Lautner on y retrouve Ventura, Blier, Blanche et Dalban. Cette joyeuse équipe étant drivée par Alain Poiré, producteur, mais surtout centralisateur de toutes ces energies. Le film remporte un vif succès auprès du public, totalisant 450.000 entrées en six mois. Dans la foulée et face au succès des tontons, la même bande réalise Les Barbouzes en 1964, une parodie du monde du contre-espionnage. Même réussite auprès des spectateurs venus au nombre de 400.000 durant la période d'exclusivité. Ces films ne sont que les prémices de l'esprit loufoque, baroque qui souffle chez Audiard et Lautner. On retrouvera cet univers de dérision et de caricature dans les films qu'ils réaliseront par la suite. Entre 1963 et 1981, ils collaboreront treize fois, sur deux périodes. La première période (1963-1968) regroupe huit films dont Des pissenlits par la racine (1963), où l'on découvre Mireille Darc, et se termine avec Le pacha. C'est à cette période qu'Audiard se lance dans la réalisation, abandonnant son rôle de dialoguiste (sauf à titre personnel). La seconde période (1977-1981) comprend cinq films, dont la trilogie des Belmondo: Flic ou voyou (1977), Le guignolo (1979), Le professionnel (1981).

Certains reprocheront à Lautner de faire du cinéma commercial, chose qu'il revendiquera haut et fort, refusant de voir dans cet adjectif un terme péjoratif. "J'ai toujours souhaité être un metteur en scène commercial. C'est un choix délibéré et je donne le meilleur de moi-même" dit-il.