Gabin

Parmi les stars -et elles sont nombreuses- auxquelles Audiard a donné la parole, Gabin est certainement celle qui a le plus compté. "J'ai écrit des films pour Gabin. Je sais pas si ça lui a réussi, mais moi, je peux vous dire que ça m'a réussi" dira Audiard. On doit leur rencontre à Gilles Grangier en 1955. Celui-ci prépare le tournage de Gas-oil. Gabin avait alors dans l'idée de "rebecter" Prévert. Quand Grangier propose son ami Michel pour le film, l'acteur se montre méfiant à l'égard de ce nouveau venu. Pourtant, leur première collaboration sera sans accroc, même si la rigueur et le caractère de Gabin confinent parfois leurs rapports sur le tournage à celui de l'élève apportant sa copie au maître. Ne supportant pas les approximations, l'acteur interpellait le dialoguiste en lui rappelant qu'il n'écrivait pas pour Bourvil. Le succès de Gas-oil, qui met en scène des camionneurs, redonne à Gabin son aura d'avant-guerre et permet à Audiard de faire la Une. Dans Paris-presse on lira même "Depuis Jacques Prévert, jamais le cinéma français n'avait trouvé un auteur aussi apte à créer une atmosphère". Audiard va devenir la voix de Gabin, à tel point qu'il dira: "Il parle comme moi Audiard, avec l'imagination en plus". Très vite ils vont devenir complice à la ville comme sur les plateaux de tournage, partageant le goût pour la bonne bouffe et le dégoût du voyage. Pour Gabin, passer la Loire, c'était déjà la grande aventure.

Avec Audiard, Gabin va passer par tous les rôles, du Président du Conseil (Le président) au clochard (Archimède le clochard), du commissaire divisionnaire (Le pacha, Maigret) au truand de haut vol (Le cave se rebiffe, Mélodie en sous-sol). Grondant, tonitruant et toujours impérial, Gabin conserve toute la superbe du vieux lion rugissant, crinière blanchie sous le harnois.

Audiard et Gabin formeront le doublé gagant du cinéma populaire, même s'il furent longtemps controversés par la nouvelle vague. Entre le 'p'tit cycliste' et 'le vieux' grandira une amitié empreinte d'un profond respect. Celle-ci eut pourtant à subir les brouilles nées de leur travail en commun, comme en 1962 sur le tournage de Mélodie en sous-sol. Ils tourneront vingt films ensemble, dont Sous le signe du taureau de Grangier, un titre que l'on doit à leur triple appartenance à ce signe zodiacal. Le seul véritable échec commercial du tandem restera Le sang à la tête, film où Gabin campe avec maestria le rôle d'un notable de province cocu.

Leur amitié prendra fin avec la mort de Gabin en 1976. Quelques mois auparavant, le 28 Avril 1976, Jean Gabin avait personnellement remis la Légion d'Honneur à Michel Audiard.