Famille

Délaissé par ses parents dès son plus jeune age, le mot de famille ne prendra son véritable sens pour Michel Audiard, qu'avec son mariage, peu après la fin de la guerre. Le 3 Mai 1947, il épouse Marie-Christine Guibert en l'église Saint Dominique dans le 14ème arrondissement de Paris. Un mariage qu'il évoquera plus tard avec humour. "Je préfère le mariage à l'union libre. Si on se met en ménage avec une dame, on se prive d'un truc tout à fait charmant: la cérémonie, cet apparat un peu désuet, attendrissant, joyeux. Je parle bien sûr du mariage religieux. Parce que la mariage civil c'est de la dérision. On a flambé toutes nos économies dans la messe, la chanteuse, l'harmonium et les bougies". Cri-cri, c'est le surnom de sa femme, lui donnera deux enfants, deux garçon: françois et Jacques.

Pour Audiard, le mot famille va prendre un tournant tragique, en même temps que la voiture de son fils François, le 19 janvier 1975. "J'étais chez moi, je l'attendais pour déjeuner. Un coup de fil. Je suis parti. Quand je suis arrivé à quinze kilomètres de la maison, j'ai vu sa voiture écrasé contre un pilier de l'autoroute du sud. Lui, on l'avais transporté à l'hôpital...". François Audiard avait vingt-six ans. Au risque de choquer, il racontait ce qu'il avait fait après l'accident. "Je suis rentré chez moi et, l'heure qui a suivi, sans réflechir, j'ai replongé dans le dialogue que j'étais en train d'écrire. Par une sorte de reflèxe animal". Philippe de Broca, présent ce jour là, se souvient de cet après-midi où ils inventèrent les gags et les déguisements de L'incorrigible.

Sa détresse, Audiard l'exprimera trois ans plus tard dans son livre La nuit, le jour et toutes les autres nuits. "Je n'ai plus l'esprit à jouer. Un certain temps que je ne joue plus...à rien...depuis qu'une auto jaune a percuté une pile de pont sur l'autoroute du sud et qu'un petit garçon est mort". Il y mettra également en exergue cette citation tirée d'Une saison en enfer: "Tu verras. Je hurlerais dans les rues. Je veux bien devenir fou de rage". Un livre où ressortent tous les fantômes du dialoguiste, enfouis depuis son enfance sous l'Occupation. Audiard avouera que sans sa famille, son fils et son petit-fils Stéphane (fils de François), il aurait tout laissé tombé.

Jacques Audiard suivra les traces de son père. Il débute une carrière de scénariste en 1983 avec Vive la sociale. Viendront ensuite Mortelle randonnée (co-signé avec son père), Baxter et Les confessions d'un barjo. A quarante deux ans il signe son premier film, Regarde les hommes tomber. Interprété par Jean yanne et Jean-Louis trintignant, ce film fait l'événement lors de la semaine de la critique au Festival de Cannes 1994. Un nouvel audiard pour le cinéma français? Certainement. Mais la filiation cinématographique s'arrête là. Jacques Audiard a su développer un style très personnel, plus proche du cinéma d'auteur. "Ce qu'il ma légué en tant que cinéaste, je ne le sais pas exactement. Il faisait partie de ces gens qui ne considérait pas le cinéma comme un art esentiel. c'était pour lui un travail. Il se voyait davantage comme un écrivain."