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| Dialogues |
La carrière que Michel Audiard débute en 1947 avec Mission à Tanger se terminera se terminera près de quarante ans et cent vingt films plus tard. Son empreinte, son style, marqueront d'une trace indélébile le cinéma français, hissant le métier de dialoguiste au sommet de son art, faisant passer son serviteur de l'arrière-cours au devant de la scène, du fin fond du générique au centre de l'affiche. A la fois scénariste et dialoguiste, Audiard exprimera toujours sa préférence pour cette deuxième facette, celle où il excellait en mettant la poésie populaire dans la bouche des plus grandes stars du cinéma français. "Les auteurs qui ont eu de grands noms dans le cinéma français sont des dialoguistes, pas des scénaristes. Prévert est un scénariste un peu en dessous de la moyenne, c'est un prodigieux dialoguiste. Jeanson n'est pas un scénariste mais un film dialogué par lui est un film de Jeanson. Le style est dans les dialogues. Le scénariste n'est jamais qu'un brodeur d'histoires." "Un dialoguiste c'est un voleur. Je pique des idées aux chauffeurs de taxi, et j'attends de les placer. Je suis prêt à truquer le scénario et à monter une scène qui rentrera comme elle peut pour dix grandes répliques". En évoquant les dialogues d'Audiard, beaucoup les réduiront à de simples mots d'auteur, à de l'argot. Deux appelations que Michel Audiard refutera toujours. "Je crois que le drame d'un écrivain de cinéma, c'est le mot d'auteur. Je n'en ai jamais fait un! Je ne sais pas d'abord. [..] Dans mon cas, c'est une observation de la rue. Mais pas non plus du réalisme puisqu'il faut transposer". Essayant toujours d'éviter cet écueil, où les situations ne sont là que pour servir la réplique finale, Audiard sacrifierait pourtant tout au bon mot. Mais au mot juste, placé où il faut, en symbiose avec la situation, le visuel. Pascal Jardin dira d'Audiard qu'il lui a appris que "la place d'un mot n'est pas là où on le dit, mais là où il chante". Concernant l'argot, Audiard a toujours considéré utiliser le language populaire qu'il remet en forme. "Cela m'agace quand les journalistes font leur papier en l'émaiilant d'argot croyant m'imiter. Je ne parle pas argot et je ne suis pas un titi. Mais chaque fois qu'un homme du peuple a le sens de la répartie, on dit que c'est un titi. Quand c'est un homme du monde, on dit que c'est de l'humour". Ces simplifications journalistiques (mais aussi du public) eurent tendance à réduire l'oeuvre d'Audiard à quelques répliques singlantes, occultant la partie immergée de l'iceberg, les talents de poète et d'écrivain de l'auteur. Michel Audiard n'était pas seulement un amuseur public, un Zavata du phrasé. Il a toujours détesté les clowns. |