Acteurs

Des phrases, il n'en volait pas qu'aux chauffeurs de taxi, mais aux acteurs aussi. "Certains acteurs sont des machines à dire le texte, parfois de fabuleuses machines, mais qui n'ont aucun univers, aucune langue. D'autres ont cette richesse, Depardieu, Serrault. Autrefois Gabin, Jouvet. Il n'y avait pas un mot d'eux dans le film mais il y avait leur façon de parler. Et malgré soit on finissait par employer des mots à eux. Gabin avait une langue prodigieusement drôle. Je lui piquait une quantité de trucs, pas toujours pour lui.[..] Chaque fois qu'un acteur donne une bonne réplique, un mot à lui improvisé, je le garde toujours. J'ai souvent pris des mot à Bernard (Blier)". Se définissant lui même comme un facteur qui transmet le dialogue, il laisse toujours sa sacoche ouverte aux propositions de chacun, comme sur le tournage de Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages. André Pousse: "Au cours d'une scène, je me trouve tout près d'une scène avec un pigeon. N'ayant aucun texte à dire, Audiard me suggère de dire quelques chose. A l'époque, les journaux nous cassaient la tête avec les dauphins. J'ai tout simplement dit, en regardant le pigeon : C'est plus con qu'un dauphin, mais ça vole. Voila ma participation.". Néanmoins, s'il utilise parfois les acteurs, Michel Audiard ne cessera jamais d'être à leur service, les considérant même comme les véhicules du verbe.

"Je n'aime pas le prêt-à-porter" disait-il. Ses dialogues seront en effet du sur-mesure, du fait main, habillant les plus grands et s'adaptant à la carrure de chacun. C'était toujours du Audiard, mais à chaque fois différent. "Si je ne connais pas les deux ou trois rôles principaux, je n'écris pas les dialogues. Si on écrit un dialogue en pensant à Delon et qu'au dernier moment on apprend que c'est Belmondo, si on est honnête, on réecrit le film". Cela arrivera une fois pourtant, avec Les Morfalous d'Henry Verneuil où les dialogues avaient été écrit pour Lanvin et c'est finalement Belmondo qui les interpréta, refusant que Michel les réécrive.